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Le glam metal c'est quoi ?






Du rose, des paillettes, du maquillage, des cheveux crêpés et brushingués, du zébre, du léopard, du cuir, des clous, des jeans troués, des santiags, des bottes à talons, des tatouages, des bracelets cloutés, des Harley Davidson, de la bière, du whisky, de la coke, de l'héro, des groupies. Et de la musique. Et quelle musique ! Mais au fait, une chanson glam, c'est quoi ? Pour ma part, je dirais : un bon gros riff qui rentre facilement dans la tête avec des voix haut-perchées et nasillardes qui braillent (ou miaulent, je ne sais pas trop) des paroles ô combien intelligentes, comme par exemple : "Welcome to the Juuungle ! Gna gna gna gna gna !" de Guns N' Roses (chanson éponyme). Sinon, on a droit à "je t'aime mais tu ne m'aimes pas" ou "tu m'aimes mais je ne t'aime pas" (Hanoi Rocks), "Je t'aime mais tu ne..." oh attendez c'est la même chose (Europe), "J'ai envie de te baiser" ou "je suis le plus beau et le meilleur au lit" ou "la plus grande rockstar au monde" (KISS, mais il arrive que l'on retrouve le "je t'aime mais tu ne m'aimes pas" des précédents), "Je baise, je me défonce, je bois, je fais la fête, je rebaise, je rebois, Satan c'est cool" (Mötley Crüe), "fête, baise, rebel' attitude (de banlieue pavillionnaire), crêpage et permanente" (Poison), "fête, bière, nichons" (Steel Panther), "J'veux faire du rock, ROCK, je ne peux pas m'arrêter de faire du rock, l'école c'est d'la merde foutons-y le bordel" (Twisted Sister), "On est des mecs en cuirs avec des jouets électriques qui font du bruit ce soir, je t'aime et je veux être avec toi" (Pretty Boy Floyd) et pour finir "je t'aime Jésus", "Le diable c'est un connard" et "Jésus Christ c'est rock" (Stryper). Vous l'avez compris, les sujets abordés sont généralement d'une grande profondeur philosophique ainsi que très variés. A présent, la grande question se pose : qui a eu l'idée d'inventer cette musique ? Et ce goût pour les imprimés léopards roses, d'où vient-il ?


Ce que fait un glameux de sa journée...


Qui a commencé ?

Mais vois-tu c'est très simple, comme dirait feu le Professeur de Salut Les Geeks : au début des années 70, des types tels que Marc Bolan, David Bowie ou encore Gary Glitter (dont la carrière est définitivement enterrée suite à des graves affaires de pédophilie) ont trouvé bien de se mettre des boas à plumes, des paillettes et des talons compensés, le tout surmonté d'une épaisse couche de maquillage et d'un bon crêpage de cheveux.


Gary Glitter, unanimement haï et pas pour les mauvaises raisons...

Or, il se trouve qu'à la même époque, des types tels qu'Alice Cooper ou KISS ont trouvé cool de porter du cuir noir, des costumes achetés en magasin sadomaso (allez vérifier sur Wikipedia pour KISS si vous ne me croyez pas), un pot de peinture sur le visage chacun à leur manière et d'en mettre pleins la vue aux spectateurs à l'aide de supers effets spéciaux : décapitation de poupées à la hache et électrocution sur chaise électrique du côté d'Alice abordant fièrement son boa - sauf qu'ici il s'agit d'un vrai ; explosions, feux d'artifices, crachats de flammes, tirage de langue et crachat de sang (entre autre) du côté des Kissou (oui, je me permet de les appeler comme ça et si ça vous plaît pas c'est pareil !). Niveau musique, ça fait trembler les murs, du moins à l'époque, car on est encore loin du death metal ultérieur.

Toujours au même moment, des voyous du Queen ont trouvé cool d'aborder des coiffures de ménagères et de porter des chaussures à talons aiguilles avec un beau rouge à lèvre et un top léopard. Ils n'ont fait que deux albums, leur guitariste est mort d'une overdose, n'ont jamais connu de succès de leur "vivant" et sont l'objet d'une obsession de la part des rock critiques (du moins pour l'auteur de l'encyclo Culture Rock qui nous les cite à chaque article)... Vous ne devinez pas ?? J'ai nommé les New York Dolls, une source d'inspiration inépuisable pour les glameux de la décennie suivante ! Côté musique, ces messieurs faisaient du punk, mais vu qu'ils étaient très glamours, on appelle ça du glam punk ; comme Hanoi Rocks en somme, un groupe du début des années 1980, particulièrement célébré au Japon et cité comme une influence majeure par des pointures du glam tels que Skid Row, Poison et Guns N' Roses. Je devine que la magnifique chevelure or du chanteur Michael Monroe a dû y être pour quelque chose au pays des bruns... Autrement, les cinq finlandais d'Hanoi Rocks étaient bien déterminés à partir à la conquête de l'Amérique : les shows programmés à Los Angeles furent sold-out en moins d'une demi-heure et ils furent produit par non moins que Bob Ezrin, qui avait déjà pris sous son aile Alice Cooper ou encore KISS...


New York Dolls, l'obsession des rock-critics


Michael Monroe d'Hanoi Rocks a ébloui le public Los-Angelessien avec sa chevelure d'or et ses grand yeux bleux.

Enfin, les années 70 ont vu l'expansion du hard rock avec bien évidement AC/DC et Aerosmith mais aussi des groupes moins connus de par chez nous tels que Styx, Foreigner, Journey ou encore Boston (mais si, Boston voyons !) qui adoucirent leur musique en leur donnant un son plus pop. Les radios adorent, les rock critiques détestent : le hard-FM est né. Mais le truc, c'est que niveau look, c'était pas trop ça. Voyez par vous-même, ils sont quand même bien moins mignons que les Poison, n'est-il pas ?


Styx
Foreigner

Poison

Eh bien voyez-vous, le glam metal c'est tout ça mélangé. c'est tout ça qui a fricoté ensemble pour en arriver là. Ajoutez-y un zeste de Sweet, de Cheap Trick et de Heavy Metal et vous obtenez ceci :


Dee Snider de Twisted Sister

N'est-ce donc pas magique ? La cage aux folles était désormais ouverte et son contenu s'apprêtait à déferler en deux vagues. La première renferme Twisted Sister (premier album en 1982), Mötley Crüe (premier album en 1981), W.A.S.P (idem en 1984), RATT (premier EP à succès en 1983), Dokken (1981), Quiet Riot (1977), Stryper (1984) mais aussi Def Leppard (1980, oh, des english), Whitesnake (1978), Van Halen (1978, oh, des Hollandais) avec David Lee Roth... La Sunset Strip, à LA, devint rapidement le repère de tous ces gens très fréquentables. Certains officièrent dans une veine pop(-metal) plutôt inoffensive (Bon Jovi par exemple) tandis que d'autres adoptèrent un style plus agressifs souvent agrémenté de nombreuses provoc' et controverses, les champions de la catégorie étant incontestablement les Mötley Crüe et les W.A.S.P. Excès en tout genre et heavy metal qui claque surmonté d'une voix de chaton enragé pour les premiers et pour les seconds, eh bien, voyez vous-mêmes :


Y a des progrès à faire en matière de féminisme !

Toujours est-il que le glam metal devint rapidement un véritable phénomène, surtout aux Etats-Unis, où les clips de nos héros étaient diffusés 24h/24 sur MTV (oui, à l'époque, ça passait du metal !). Les glameux séduisirent les ados mâles pour leur côté rebelle, leurs paroles crues, leur riffs guerriers, leur capacité à emballer dix groupies d'affilé et leur look (sic) ainsi que les ados femelles pour leur côté rebelle, leur paroles crues, leur riffs guerriers, leur capacité à être en forme pour dix groupies d'affilés (il faut bien qu'elles puissent toutes en profiter), leurs fringues d'enfer, leur joli minois et leur beau corps bronzé. Et oui Wikipédia, les filles ça n'aime pas que les power-ballads gnangnan !

A force de passer en boucle à la télé comme à la radio, arrivés au milieu de la décennie, un certain nombre de mecs trouvérent très judicieux de se vêtir d'un spandex, de vider leur bombe à laque sur leurs cheveux, de monter dans les aigus et de gratter sur une guitare. La deuxième vague est née.



Second arrivage


Europe, Bon Jovi*, Poison, Cinderella, Skid Row, Guns N' Roses, Warrant, Faster Pussycat et Pretty Boy Floyd mais aussi Lita Ford (quoiqu'elle ait commencé au milieu des années 1970 avec les Runaways mais ne connaitra un véritable succès dans sa carrière glam metal que vers 1987-88) et Vixen, tels sont les noms de ceux qui vont affoler les filles de 1986 à 1991 environ, sauf pour Pretty Boy Floyd qui a peut-être un peu moins marqué les esprits et pour la gent féminine présente ici, du moins auprès des hétérosexuelles. Notons que les glameux de la deuxième vague auront tendance à adopter un look un peu moins bariolé que celui de leurs grands frères (quoique...) tout en restant dans une veine mascara mais pas trop, gloss mais pas trop, brushing mais pas trop (euh non en fait c'est pareil), slim en cuir et couleurs sobres mais pas trop. A mon humble avis, la musique avait tendance à être encore plus taillée pour les radios, comme en témoigne la véritable bombe The Final Countdown d'Europe qui tournera sur les radios jusqu'à l'écoeurement général.


Skid Row
Europe

Vixen

Mais au fait, que sont devenus KISS, Alice Cooper et les autres ? Toujours à la pointe de la mode, les Kissou remplaceront leurs tonnes de maquillage noir et blanc par une épaisse couche de fond de teint, de blush et de fard à paupière leur masquant tout autant le visage, opèreront avec succès un grand virage glam (si l'on considèrent qu'ils ne l'étaient pas déjà avant) et prendront leur revanche sur leur privation de couleurs pendant toutes ces années en adoptant des fringues fluos et bariolées du meilleur effet. Après un passage à vide au début des années 80, Alice refera surface avec un son plus heavy que jamais et achèvera la décennie en grandes pompes avec Poison, l'un de ses plus gros hits à ce jour. Hanoi Rocks connaitra des jours moins heureux. Peu après leur percée aux Etats-Unis, ils se feront des amis de taille : les Mötley Crüe. Mais comme tout le monde le sait, les Mötley Crüe ne sont pas forcément les personnes les plus dignes de confiance au monde. Par conséquent, au cours d'une soirée, voilà que Vince - le blondinet du groupe - s'embarque en Lamborghini ou je sais pas trop quelle bagnole de luxe avec Nicholas "Razzle" Dingley, le batteur brundinet d'Hanoi Rocks. Les deux ont bien picolé et d'un seul coup, boum ! Ils se prennent une voiture en pleine face. Le Finlandais ne survivra pas, et sa bande aussi, excepté Michael Monroe (le chanteur ndlr.) et Andy McCoy (le guitariste) qui continueront ensembles, jusqu'à la reformation du groupe en 2002. Quant aux autres, eh bien je sais pas trop en fait, je pense que Wikipedia saura mieux vous dire que moi... Bon, ok, j'avoue, j'ai la flemme, voilà, c'est dit !


Colors' suicide ! (Kiss)



La descente

Si la décennie s'achève avec l'immense, impressionnant et gigantesque Moscow Peace Music Festival, la chute va s'annoncer rude pour les chouchous d'MTV. En 1991, un groupe de Seattle que je ne nommerai pas fait un carton avec un tube que je ne nommerai pas, à tel un point que les ados jusque-là amoureux de leurs glameux chéri tout de cuir vêtu vont trouver ça encore plus cool de ne pas se laver les cheveux ni de se les brosser (forcément, ça va plus vite), de porter des pulls informes et de ne pas renouveler leurs converses ou Docs crado-trouées pour faire comme les mecs qu'ils voient sur MTV. De plus, le (gangsta) rap et electro prennent de l'ampleur et occupent de plus en plus de place à la télé et sur les ondes. Nos rockers maquillés ont donc du souci à se faire avec l'arrivée de ses nouveaux concurrents. Certains s'en sortiront intacts (Bon Jovi, Def Leppard, Whitesnake...) tandis que d'autres connaitront un véritable passage à vide. Mötley Crüe et Europe en sont les exemples les plus probants. C'est à ce moment-là que je peux sortir une citation de mon idole Marilyn Manson, grand nostalgique de cette période bénie et rehausseur du niveau musical des années 90, dont je ne peux parler ici pour cause de non-conformité stylistique :

They love you

When you're on

All the covers.

When you're not

Then they love

Another.


(The Dope show, Mechanical Animals, 1998)


Renaissance des perroquets


Manson a décidément toujours raison. Néanmoins, à partir des années 2000, de nombreuses personnes commencent à se dire que les glam metal, c'était toute de même une chouette époque. Ainsi, les anciens verront leur carrière redécoller à l'aide de tournées prestigieuses et d'albums un peu moins prestigieux, drainant un public composé aussi bien par des quadragénaires que de jeunes nostalgiques d'une époque qu'ils n'ont pas connu ("Du temps de mes vieux c'était vachement mieux ! Y avait ni Internet ni les téléphones portables, du coup tu pouvais quasiment jamais joindre tes potes et t'avais deux fois plus de chance de louper tes rencarts ! Si ça c'était pas la belle époque !"). Mais ce n'est pas tout : un certain nombre de nouveaux groupes décidèrent de se saper en cuir/léopard/zèbre, de se crêper les cheveux avec des produits dix fois plus performants grâce aux progrès cosmétiques et surent adapter cette musique au goût des années 2000 sans pour autant en perdre la teneur glam. D'ailleurs, bien que la Sunset Strip demeure la capitale historique du hair metal, son épicentre se situerait désormais à Stockholm. C'est là qu'officient des groupes tels que Vain Of Jenna, H.E.A.T, Crashdïet, Kissin Dynamite (je viens de me rendre compte qu'ils étaient allemands donc ne me fusillez pas svp), Vanity Blvd et, un peu à côté (en Finlande, quoi), Reckless Love et Santa Cruz. On ne peut évidemment pas passer à côté des amerlock de chez Steel Panther et des frenchies de chez BlackRain. Qui sait, peut-être qu'un jour, moi et ma malheureuse guitare, nous contriburons aussi à cette nouvelle vague glam...



Les petits nouveaux de chez Santa Cruz


Qu'il grunge, qu'il industrie, qu'il grunte, qu'il rappe, qu'il rnbite, qu'il technote ou qu'il dance, rien n'arrêtera le hair, sleaze ou glam metal ! Tant qu'il y aura des gens qui apprécieront le bon gros son d'une grosse guitare qui fait fuir les critiques bobo-intellos tout en buvant des barriques de bières, tant qu'il y aura des mecs qui aiment se maquiller et porter des tops où on leur voit le nombril, tant qu'il y aura des filles qui aiment porter des fûts en cuir et des sous-tifs léopard à pics, amen, je vous le dis, il y aura du glam metal !


Bonus

Le saviez-vous ? On emploit fréquemment l'expression "hair metal" pour parler de notre genre musical favori, mais il se trouve qu'à la base, il s'agissait de termes peu flatteurs inventés au début des années 1990 par des journalistes et musiciens moqueurs. Ces derniers qualifiaient même nos glameux de "hair farmers" ("fermiers chevelus", oui, je sais, une fois traduit ça n'a pas beaucoup de sens...). Toujours est-il que comme vous pouvez le constater, l'expression "hair metal" est depuis rentrée dans les moeurs et a perdu toute connotation péjorative.




*Ces deux groupes ont en réalité sorti des albums avant 1985/86 mais n'ont connu un large succès que lors de la seconde vague. Et encore que - pour être plus précise - Europe en avait déjà au niveau national (soit en Suède) et au Japon avec ses deux premiers disques, tout comme Bon Jovi avec son premier album sorti en 1984... Bref, tout ça, c'est compliqué !


Source : Wikipedia et sûrement d'autres sources (je sais, ça donne de suite du sérieux à cet article).