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Autour du film

Réception

Quelques moments embarrassants

runaway l'évadé du futur


Pour cette 2ème chronique sur les films glam, je vais vous parler non pas d’un métrage musical, comme This Is Spinal Tap, mais d’un film dans lequel a joué un « glameux » bien célèbre, à savoir notre Gene Simmons détesté.

L’affligeant KISS Contre les Fantômes (1978) n’a en effet pas empêché le Démon de poursuivre une brève carrière hollywoodienne dans les années 1980. Courte parenthèse : pour ceux qui l’ignore, KISS Contre les Fantômes est un film promotionnel censé mettre en vedette le groupe maquillé. Seul problème : c’est nul à chier à tous les étages. Fin de la courte parenthèse. Il est fort probable que vous ne connaissiez aucun film dans lequel a joué le bassiste de KISS – à moins que vous ne soyez – comme moi – un grand amateur de nanars et de bisserie en tout genre, car le film qui nous intéresse entre clairement dans la seconde catégorie. Il n’est pas assez affligeant pour être qualifié de nanar, mais pas assez bon pour être un film de « série A » (oui, c’est moi qui vient d’inventer cette appellation !).




Sorti en décembre 1984 aux Etats-Unis et en août 1985 en France, Runaways raconte l’histoire passionnante d’agents de police chargés de désactiver des robots déviants (les « runaways »). Voyez-vous, l’intrigue se déroule dans le futur, et dans le futur, les robots remplissent toutes les tâches physiques et ménagères à la place des humains. Si seulement ça pouvait déjà être vrai… En plus de cela, les flics ont des pistolets à rayon laser et les méchants tirent des balles qui permettent de suivre à la trace leur cible afin de leur exploser la figure !

On suit donc deux (super)flics comme seuls les Américains savent nous en faire : le sergent moustachu Jack R. Ramsay et sa collègue Karen Thompson, une blonde bronzée, surmaquillée et brushinguée comme Joey Tempest. J’avais oublié à quel point la mode des années 1980 pouvait être moche… Ce qui est assez frappant quand on regarde certains films d’il y a 30 ans, c’est de constater à quel point la diction a évolué, surtout pour les femmes. Car elle a beau être un personnage assez étoffé pour l’époque (elle a travaillé dans le bâtiment, souhaitait faire programmatrice et sauve la mise à notre héros à plusieurs reprise), il n’empêche qu’elle s’exprime comme… une pimbêche… Disons que les femmes d’aujourd’hui parlent de façon moins maniérée, et tant mieux ! Ps : j’ai vu le film en VF donc j’ignore ce que ça donne en VO.

Revenons à l’intrigue. Un odieux meurtre commis par une machine vient bouleverser le quotidien de nos deux supers agents ! Ces derniers découvrent qu’une mystérieuse puce est à l’origine de la déviance de la machine et se lancent alors à la poursuite de l’affreux Dr. Charles Luther, interprété par Gene Simmons, plus diabolique que jamais !

J’ai beau ne pas l’aimer, je lui concède tout de même un charisme et un jeu d’acteur qui tranche avec le reste du casting, ni trop bon, ni trop mauvais (excepté pour l’interprète de Jackie Roger, mais ça on y reviendra après). Gene Simmons est même bon, très bon. J’ose le dire, quitte à faire des rageux, mais il a l’étoffe d’un Joker (de toute façon, vous ne pouvez pas commenter l’article… Ah merde, c’est vrai qu’il y a Facebook!). Le seul bémol qui casse le charisme et le charme vénéneux de son personnage : les gros mots. J’ai beau en dire beaucoup, je reconnais qu’un « connard » lâché par-ci, par-là n’est jamais très classe… Mais que voulez-vous, on est aux Etats-Unis dans les années 1980, soit la décennie de Chuck Norris et de ses pieds qu’il met où il veut, surtout dans le gueule, et de ses menaces impliquant des bites dans des tuperwares. Il faut faire avec son temps…



gene simmons runaway l'évadé du futur

La classe, on l'a ou l'on l'a pas.

gene simmons runaway l'évadé du futur


Vous l’aurez compris, ça sent la série B à plein nez. L’intrigue est plate, banale (en tout cas pour une spectatrice du XXIème siècle) et certaines scènes et éléments du film puent le déjà-vu. En voici une liste. Ne m’en voulez pas pour les spoils, car tout est tellement prévisible que ça ne compte pas (si vous souhaitez préserver un suspens inexistant, cliquez ici) :


  • La scène où les héros vérifient qu’ils n’ont pas de transmetteurs sur eux. Ils se font « balayés » par la machine que vous voyez ci-dessous, et il se trouve qu’évidemment, Jackie Roger, la fille la plus canon du lot, est obligée de se déshabiller car elle a plein de transmetteurs sur elle. Bref, une scène faite pour émoustiller le spectateur masculin tellement gratuite et prévisible qu’elle en devient pitoyable.


  • Jackie Roger Runaway l'évadé du futur
    « Ben mince alors, je suis obligée de retirer mon chemisier ! »


    Jackie Roger Runaway l'évadé du futur
    « Oh ben zut ! Quelqu’un s’est amusé à planquer un transmetteur dans mon soutient-gorge ! »


    Jackie Roger Runaway l'évadé du futur
    On maintient l’intérêt du spectateur comme l’on peut.


    Jackie Roger Runaway l'évadé du futur
    Y en a même pour les fétichistes des pieds.


  • Le fils de Jack Ramsay, notre superflic, soit un gamin de 10-12 ans comme on en a vu des milliers et comme on en verra des milliers dans ce genre de film. Comme tout enfant d’un film d’action qui se respecte, il finira forcément par se faire enlever par le Méchant et sera sauvé in extremis par les Gentils. Pour continuer sur la famille, comme par hasard, l’épouse de Jack Ramsay est morte dans un bête accident de voiture… Ben oui, comprenez qu’autrement, Ramsay et son associée ne pourraient pas finir ensembles… Oups, je crois que j’ai un peu spoilé… Ne me dites pas que vous ne vous y attendiez pas…

  • La mort brutale dans les toilettes, un grand classique du film d’action avec les scènes de parking souterrain (il y a une scène se déroulant à cet endroit mais elle ne compte pas car personne ne meurt). Notre équipe de flic se rend dans les toilettes d’un hôpital car ils pensent y avoir localisé l’affreux Dr. Luther. Comme dans tous les films d’action, ils enfoncent les portes une à une, puis ils mettent la main sur l’émetteur que Ramsay avait fourré sur Luther. Ensuite, tandis qu’une femme flic procède à des vérifications de routine, elle se fait évidemment trucider par une des ignobles inventions de Luther.

  • La scène finale. Attention, je spoile, mais une fois de plus, c’est tellement déjà-vu, banal ect. Que je ne vous gâche rien. On a donc à faire à l’inévitable face à face entre le Gentil et le Méchant qui prend place… dans une immeuble désaffecté (quelle surprise !). Le Gentil supplie bien évidemment la Gentille de ne pas l’accompagner, car le Méchant l’a chargé de venir de seul mais… elle se pointe, et qui plus est juste attend pour sauver le gamin d’une mort atroce… c’est beau, le hasard. Enfin, cerise sur le gâteau, luxe suprême, fin du fin du cliché stéréotypé, le Méchant se relève alors que tout le monde le croit mort, le tout en poussant un cri et accompagné d’une musique inquiétante. En conclusion, je dirais que cette séquence mérite des tonnerres d’applaudissements pour avoir réuni autant de poncifs – et encore, je vous ai épargné les détails, qui n’ont – rassurez-vous – pas une once d’originalité.

  • J’oubliais : la scène de baiser qui clôture le film. Ça se passe de commentaire.







Autour du film




Runaway : L’Evadé du Futur – dont je ne comprendrai jamais la signification du titre français – a été réalisé par Michael Crichton, qui n’en était pas à son coup d’essai puisque son premier film, Pursuit, date de 1972. D’ailleurs, en plus d’être réalisateur, il est également auteur de romans de science-fiction (Jurassic Park, c’est lui!), scénariste, producteur et auteur d’ouvrages scientifiques. Runaway est le premier film dans lequel s’est aventuré Gene Simmons après la catastrophe KISS Contre les Fantômes. N’ayant pas réussi à trouver d’autres infos croustillantes à son sujet, je me contente de citer Wikipedia : Gene s’est vu offrir le rôle après avoir rencontré Michael Crichton et n’a même pas eu besoin d’y jeter un œil. Il était fait pour être terroriste !




Réception




Je n’ai eu de cesse d’affirmer que nous avions à faire à une série B… mais en réalité, Runaway était censé être LE blockbuster de l’année 1984 et a même bénéficié d’un budget de plusieurs millions de dollars ! Mais comme il semble que tout ses clichés étaient déjà trop clichés pour l’époque, le public lui a préféré Terminator, Star Trek III et 2010: The Year We Make Contact (la suite du célèbre 2001 : l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick).

Les critiques furent quant à elles mitigées : pour le New York Times, Michael Crichton a eu de meilleures idées pour les gadgets que pour les joueurs humains. Les Los Angeles Time est plus positif, il qualifie le film de très cinématographique (sic), avec beaucoup de gadgets qui n’écrasent pas la dimension humaine (sic sic). Le Chicago Time et Roger Ebert (un célèbre critique américain) pensent la même chose que moi : que le film s’enfonce dans les clichés au fur et à mesure de sa progression. De son côté, Tom Selleck réagi de la façon suivante :


“Jack Ramsay n’est pas vraiment le personnage dont tout le monde parle, mais Runaway était un excellent film popcorn [se dit d’un film que l’on apprécie mais que l’on oublie aussitôt celui-ci terminé, ndlr.]… C’était très futuriste, il y avait des robots et tous ces trucs, et c’était un bon film. […] j’en suis très fier, mais ca n’a pas très bien marché, ce qui a été une grosse déception pour Michael, qui est devenu un ami. Et Gene Simmons y était ! Gene n’avait jamais joué dans un film de genre avant, mais il était super. On a vraiment passé du bon temps… Je sais que le scenario sonne fade, mais avec Michael Crichton aux manettes, c’était un bon truc.”



Quelques moments embarrassants




  • Je suis une musique futuriste totalement dépassée : le film s’ouvre en effet sur une intro au synthé digne des meilleurs documentaires pédagogiques sur la reproduction des cellules de l'organisme accompagnée d’image de carrés informatiques du meilleur effet… dans le ringard. Bon, j’avoue, je suis méchante sur ce coup-là ! Après tout, que diront nos petits-enfants lorsqu’ils verront nos films ?


  • Intro Runaway l'évadé du futur
    Le futur, ça passe par des carrés qui clignotent.


    Intro Runaway l'évadé du futur


    Intro Runaway l'évadé du futur


    Gene Simmons Intro Runaway l'évadé du futur


    Kirstie Alley Intro Runaway l'évadé du futur


  • Je suis une mauvaise actrice : Vous vous souvenez de Jackie Roger, ce personnage féminin dont je vous ai parlé ? Interprétée par Kirstie Alley, il s’agit d’une femme à forte personnalité au rôle ambigu : sortie avec le Dr. Luther, elle est chargée de lui remettre les fameuses puces diaboliques, sous peine de se faire liquider. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a bénéficié d’un doublage encore pire que le reste du casting. Tout au long du film, on a l’impression d’entendre les acteurs de voix lire leur texte en s’efforçant d’y mettre le ton - sauf pour Gene Simmons, beaucoup plus réussi. De ce que j’ai pu en voir, son jeu d’actrice est plus que moyen, mais avec le doublage par dessus - d’ailleurs pas toujours synchronisé – elle n’est carrément plus crédible !


    Jackie Roger Runaway l'évadé du futur


    Jackie Roger Runaway l'évadé du futur
    « Vous n’en avez strictement rien à foutre ! »


    Jackie Roger Runaway l'évadé du futur
    « Vous êtes d’une stupidité absolument incroyable ! »


  • Je suis un maquillage raté :


  • Karen Thompson Runaway l'évadé du futur
    « Ma maquilleuse m’a mis un fond de teint brillant en pensant que tout le monde prendrait ça pour de la sueur... »


    Karen Thompson Runaway l'évadé du futur


    Karen Thompson Runaway l'évadé du futur
    En plus : le trench-coat sac-poubelle bleu, ou les horreurs vestimentaires des années 1980.
    (Je sais, ça n'a rien à voir, mais je ne savais pas où le caser)


  • Je suis la minute raciste : vers la fin du métrage, Ramsay et Jackie se rendent dans un restaurant de sushis (j’imagine qu’en 1984, ça devait faire futuriste) afin d’y retrouver notre grand Méchant. Ils sont alors accueillis par une voix off mimant un accent japonais des plus caricatural… du moins dans la version française :


  • Sushis Runaway l'évadé du futur
    « Bonjour, vous vouloir sushis ? »


Ce à quoi nos américains répondent : « deux hamburgers ». Forcément, les sushis, c’est trop exotique… Mais la voix off, qui n’a visiblement pas compris, leur en sert quand même. Bien fait pour vous, sales ethnocentristes !



Sushis Runaway l'évadé du futur
« Honorable clients, voilà deux sushis » Cherchez l’erreur…








Sources : Wikipedia




Bonus




Gene Simmons dans Ugly Betty


Un article du site officiel de Michael Crichton, le réalisateur du film, qui compare les inventions du film avec la technologie que l'on utilise de nos jours : http://www.michaelcrichton.com/visionary/